Architrave - revue professionnelle des architectes

Editorial

Editorial

Bien qu'elle s'inscrive dans la durée et s'attache à transcender les modes éphémères, l'architecture n'en est pas moins un miroir de la société et des préoccupations qui l'agitent. Parmi celles-ci, l'une des plus prégnantes est celle de la forme d'habitat à développer pour offrir un cadre de vie de qualité aux générations futures. La croissance démographique annoncée, l'évolution rapide de la composition des ménages et le défi énergétique à relever, imposent de réévaluer les besoins en matière de logement et d'en déterminer la typologie. De la densification des centres à la construction de nouvelles villes en passant par la construction de tours, les logements évolutifs ou intergénérationnels, les idées sont multiples et sources de débats. Les développeurs immobiliers, dont le sens marketing n'est plus à démontrer, n'ont retenu comme réponse à ces contraintes que la plus séduisante et présentent une réponse calibrée : l'écoquartier.

« Ecoquartier » : un vocable évocateur soigneusement pensé par le marketing, qui associe le préfixe éco à la notion de quartier, liant comme dans une évidence l'attrait d'un voisinage que l'on suppose sympathique et le souci de préservation de la nature. En quelque sorte les avantages de proximité offerts par la ville et l'attrait du cadre verdoyant et bucolique de la campagne.

Faut-il que les architectes s'engagent également dans cette voie « à la mode » qu'illustrent aujourd'hui les pages immobilières de nos quotidiens ? Faut-il qu'ils succombent à ce qui pourrait n'être au final qu'une image, une perversion ou une matérialisation appauvrie du concept de développement durable ? Faute d'une vague profonde, faut-il se satisfaire d'une écume légère et vaporeuse, sous prétexte que peu vaut mieux que rien ?

Rudy Ricciotti, notre éminent confrère, voit dans le terme Ecoquartier « un terme abominable, une annonce plus importante que le contenu, un slogan politique approximatif, adossé à beaucoup d'ignorance et de cynisme dont la culture bobo est le client symptomatique ». Si nous lui laissons volontiers le choix des mots et le sens percutant de la polémique, sa critique n'est pas dénuée de fondement : le concept d'écoquartier a du sens lorsqu'il touche à la rénovation urbaine mais paraît bien insignifiant quand il s'arrête à implanter des villas en milieu rural, éloignées des transports en commun et à l'écart des tissus sociaux.

Dans ce cadre, il nous a paru important d'évoquer le thème dans vote revue architrave et de contribuer à objectiver le sujet, de passer au crible les critères qui fondent une approche véritablement durable et serviront de fondation solide à une réflexion féconde.

Tous, nous sommes conscients que le rôle de l'architecte ne peut pas se limiter à la conception d'un bâtiment isolé, qu'il doit aller plus loin et apporter une réponse sociétale globale, synthétiser tous les besoins, traiter tant l'espace public que l'espace privé, l'intérêt général que les intérêts particuliers. Le développement de quartiers durables est un défi et la forme, aussi séduisante soit-elle, n'est pas suffisante pour le relever.

Par sa formation, son analyse, sa capacité d'inventer, d'imaginer et de donner un sens aux espaces, l'architecte se doit d'orchestrer la partition. Pour bien la jouer, ce rôle impose qu'il s'entoure de solistes de haut niveau mais qu'il reste maître de la cadence. Comme l'ont bien compris nos jeunes confrères, la constitution d'une équipe pluridisciplinaire n'est plus une alternative mais une évidence. Face aux défis et à l'évolution de la société, le temps de l'architecte seul est bel et bien révolu !


Gérad Kaiser, architecte, membre du comité de rédaction
MDA - Maison des architectes
Editeur de la revue Architrave
En association avec l'Union Wallonne des Architectes
En association avec l'Union Wallonne des Architectes
Architectura
Collaborateur de la revue architrave