Editorial
Editorial
Quand les églises paroissiales nous invitent à repenser le concept d’architecture
L’exercice qui est apparu récemment à l’égard des bâtiments religieux demande une approche tout aussi nouvelle. Nous voulons parler – pour être clair – du fait de donner une nouvelle affectation, principale ou secondaire (à côté de l’usage religieux) aux églises paroissiales.
Dans pareille tâche, chacun des éléments de la triade de Vitruve firmitas – utilitas – venustas reçoit une nouvelle signification. Une intervention dans un bâtiment ancien doit évidemment être ferme et solide, mais celui-ci offre généralement déjà beaucoup de stabilité. Une certaine connaissance des techniques de restauration n’est certes pas un luxe.
Ensuite vient l’utilité, une composante qui mérite d’être radicalement repensée. « Réaffecter » est en réalité un mot étrange car il semble porter uniquement sur cette autre fonction que l’on souhaite donner. Les termes anglais de adaptive reuse, qui quant à eux évoquent l’adaptation physique du bâtiment, sont bien plus adéquats, ou du moins plus architecturaux. Quoi qu’il en soit, approcher une église en partant d’une logique d’utilisation architecturale classique entraînera toujours des difficultés. Car peut-être la qualité d’une église réside-t-elle justement dans le fait de ne pas avoir de fonction ? Ce qui n’empêche en rien d’utiliser une église de différentes manières. Une liaison trop stricte entre le bâtiment et la fonction n’est sans doute jamais productive.
En ce qui concerne la beauté – venustas – travailler avec des églises existantes est probablement une leçon d’humilité, mais cela peut aussi être une invitation à l’adresse de l’architecte afin qu’il révèle quelque chose d’étonnant, de bien pensé ou de très précis. In der Beschränkung zeigt sich erst der Meister* savait Goethe, et quelle contrainte est plus importante pour l’architecte que de devoir travailler dans et avec un vieux colosse ou un bâtiment moderne très spécifique ? Pensons à Marc Dessauvage en Flandre ou à Jacques Dupuis et Roger Bastin en Wallonie ?
Peu à peu apparaissent des exemples d’églises réaffectées, mais sans doute plus important encore sont les processus de réflexion qui se font jour partout dans le pays. Villes et communes commandent des études de faisabilité, avec ou sans l’appui de la région ; des fabriques d’église réfléchissent à ce qui pourrait se dérouler dans leurs bâtiments après la liturgie ; et des communautés de paroissiens et de riverains tentent d’inclure les bâtiments religieux dans le tissu socioculturel local.
Apparaît une question importante, si pas la plus importante : comment gérer les églises paroissiales quand la fabrique d’église a mis la clé sous le paillasson ? Les églises nous invitent à réfléchir autrement sur ce sujet-là également, en dépassant la pure rationalité. Dans le meilleur des cas, les églises paroissiales se muent en forums expérimentaux dans lesquels les citoyens ont tout à dire, ou en espaces publics permettant voire encourageant toutes formes d’improvisation quant à leur utilisation. La voie est ouverte. Et cet exercice sur les églises peut très bien forcer une nouvelle vision sur l’architecture en général.
Roel De Ridder, architecte, membre du comité de rédaction
* C’est dans la contrainte que se révèle le maître.
L’exercice qui est apparu récemment à l’égard des bâtiments religieux demande une approche tout aussi nouvelle. Nous voulons parler – pour être clair – du fait de donner une nouvelle affectation, principale ou secondaire (à côté de l’usage religieux) aux églises paroissiales.
Dans pareille tâche, chacun des éléments de la triade de Vitruve firmitas – utilitas – venustas reçoit une nouvelle signification. Une intervention dans un bâtiment ancien doit évidemment être ferme et solide, mais celui-ci offre généralement déjà beaucoup de stabilité. Une certaine connaissance des techniques de restauration n’est certes pas un luxe.
Ensuite vient l’utilité, une composante qui mérite d’être radicalement repensée. « Réaffecter » est en réalité un mot étrange car il semble porter uniquement sur cette autre fonction que l’on souhaite donner. Les termes anglais de adaptive reuse, qui quant à eux évoquent l’adaptation physique du bâtiment, sont bien plus adéquats, ou du moins plus architecturaux. Quoi qu’il en soit, approcher une église en partant d’une logique d’utilisation architecturale classique entraînera toujours des difficultés. Car peut-être la qualité d’une église réside-t-elle justement dans le fait de ne pas avoir de fonction ? Ce qui n’empêche en rien d’utiliser une église de différentes manières. Une liaison trop stricte entre le bâtiment et la fonction n’est sans doute jamais productive.
En ce qui concerne la beauté – venustas – travailler avec des églises existantes est probablement une leçon d’humilité, mais cela peut aussi être une invitation à l’adresse de l’architecte afin qu’il révèle quelque chose d’étonnant, de bien pensé ou de très précis. In der Beschränkung zeigt sich erst der Meister* savait Goethe, et quelle contrainte est plus importante pour l’architecte que de devoir travailler dans et avec un vieux colosse ou un bâtiment moderne très spécifique ? Pensons à Marc Dessauvage en Flandre ou à Jacques Dupuis et Roger Bastin en Wallonie ?
Peu à peu apparaissent des exemples d’églises réaffectées, mais sans doute plus important encore sont les processus de réflexion qui se font jour partout dans le pays. Villes et communes commandent des études de faisabilité, avec ou sans l’appui de la région ; des fabriques d’église réfléchissent à ce qui pourrait se dérouler dans leurs bâtiments après la liturgie ; et des communautés de paroissiens et de riverains tentent d’inclure les bâtiments religieux dans le tissu socioculturel local.
Apparaît une question importante, si pas la plus importante : comment gérer les églises paroissiales quand la fabrique d’église a mis la clé sous le paillasson ? Les églises nous invitent à réfléchir autrement sur ce sujet-là également, en dépassant la pure rationalité. Dans le meilleur des cas, les églises paroissiales se muent en forums expérimentaux dans lesquels les citoyens ont tout à dire, ou en espaces publics permettant voire encourageant toutes formes d’improvisation quant à leur utilisation. La voie est ouverte. Et cet exercice sur les églises peut très bien forcer une nouvelle vision sur l’architecture en général.
Roel De Ridder, architecte, membre du comité de rédaction
* C’est dans la contrainte que se révèle le maître.
