Architrave - revue professionnelle des architectes

Editorial

Editorial

L’architecte post-pandémie
 
Nous sommes clairement entrés dans une nouvelle époque. Ces dernières décennies, la mondialisation a fait son œuvre, et pas uniquement sur le plan de l’architecture. Comme nous commençons tous à nous en rendre compte, le climat également n’est plus un phénomène régional. Même des virus surfent sur la vague planétaire, influençant nos us et coutumes au point de changer notre mode de vie.

De prime abord, les problèmes liés à l’environnement et à la pandémie sont tellement importants et inquiétants qu’ils pourraient mettre en danger la survie de notre espèce. Les dommages sur ce plan sont énormes. Là où la problématique environnementale menace surtout notre confort physique, la Covid-19 nous prend à la gorge en mettant carrément notre vie en péril. L’ours polaire n’est plus le seul à voir sa survie menacée, l’espèce humaine aussi encaisse les coups à cause de son comportement inadapté par rapport aux agents pathogènes.

Nous constatons soudain que vivre autrement, adapter nos relations, communiquer et habiter d’une autre manière, se rencontrer autrement ou éviter de se rencontrer, sont en passe de devenir la nouvelle normalité. Le Belge prend brusquement conscience que l’habitat actuel n’est pas adapté à ces nouvelles attitudes. C’est dans cette philosophie de vie en mutation que l’architecte trouvera le chemin de son avenir. Un bon mélange d’inventivité, de compétence professionnelle et d’expérience de plusieurs années en efficience énergétique aidera l’architecte dans cette tâche. Il ou elle est prêt(e) pour cela.

Plus encore qu’auparavant, l’architecte sera le conseiller personnel d’une société en quête de nouvelles formes d’habitat. Un défi majeur sera de combiner les attentes nouvelles des habitants avec les futures formes d’habitat basées sur un usage raisonné de l’espace.

La pandémie nous apprend que le citoyen, du moins celui-ci qui en a les moyens, est de nouveau désireux de fuir la ville. Pendant les périodes de confinement, les appartements sans espaces extérieurs privatifs se sont avérés invivables pour la plupart de leurs occupants. La demande de distanciation à 1,5 m a été interprétée par de nombreuses personnes davantage comme une question d’intimité que de sécurité médicale. Ces derniers mois, la maison 4 façades à la campagne est redevenue très convoitée. Et ce juste au moment où la prise de conscience de la nécessité d’un usage parcimonieux de l’espace commençait à percoler dans une grande partie de la population. Alors qu’avant le premier confinement, on envisageait de vivre plus près les uns des autres, une partie non négligeable de la population a de nouveau opté pour des formes anciennes d’habitat aux dimensions plus généreuses et utilisation de l’espace en conséquence. Le danger est donc bien présent que la pandémie ne nous fasse pas progresser dans la direction d’un usage raisonné de l’espace, mais au contraire infléchisse cette pensée progressiste pour revenir à des conceptions dépassées.

Pour l’architecte, concepteur d’espaces et porteur d’une responsabilité pour l’ordre public, la tâche consiste à guider le consommateur d’espaces vers un choix responsable au-delà de cette ambivalence. L’architecte interviendra en professionnel dans la recherche d’un équilibre entre le respect judicieux pour l’espace public et la demande importante d’intimité et d’isolement au sein d’un logement privatif. Pour y arriver, une vision globale sur le métier est requise. Sans œillères et avec foi en lui-même, l’architecte devra mettre dans la balance toutes ses connaissances et ses compétences. Avec la volonté de faire sens dans son domaine. Avec le souhait de contribuer à un environnement bâti écologique et sain.

Hubert Bijnens architecte, membre du comité de rédaction
MDA - Maison des architectes
Editeur de la revue Architrave
En association avec l'Union Wallonne des Architectes
En association avec l'Union Wallonne des Architectes
Architectura
Collaborateur de la revue architrave