Editorial
Editorial
La participation citoyenne, rempart de la démocratie
Le syndrome NIMBY, attitude fréquente qui consiste à approuver un projet pourvu qu'il se fasse ailleurs ou à refuser tout projet à proximité de son lieu de résidence, justifie une certaine défiance à son encontre. Fort à propos, notre réglementation a mis en place les commissions consultatives d'aménagement du territoire et de mobilité ; ces fameuses et souvent décriées CCATM. L'avis de ces commissions a pour objectif d'éclairer le Collège communal sur la perception d'un projet par la population. Pour les plus pusillanimes d'entre elles, c'est une possibilité de s'abriter derrière le « bon sens populaire » pour motiver un refus sans devoir l'assumer politiquement. Pour bien des architectes et des promoteurs, c'est donner à des citoyens incompétents une fonction de censeur sur chaque projet. Et, de fait, ce rôle d'influence sur une décision réglementaire pose un certain nombre de questions dont celle de la compétence du citoyen lambda à apprécier les qualités urbanistiques et architecturales d'un projet. Souvent, l'incapacité à lire un plan ou à visualiser des volumes, la méconnaissance de l'histoire de l'architecture, les idées préconçues font craindre le compromis acceptable, à la belge, d'une qualité moyenne, acceptable par tous mais qui n'en convainc aucun. Heureusement, en l'occurrence, « vox populi » n'est pas « vox dei » et le rapport d'une CCATM ne constitue qu'un avis.
L'expérience montre pourtant que les citoyens présents dans ces commissions s'investissent dans leur rôle, sont ouverts au débat et perméables à une argumentation de fond. La présence d'architectes au sein de la commission – c'est un rôle essentiel que chacun d'entre nous devrait assurer – apporte l'expertise nécessaire. Elle garantit de mettre en valeur les qualités ou les défauts d'un projet présenté, d'évoquer l'aménagement des lieux et des espaces publics, de parler de formes, de volumes, de matériaux, de rendre intelligible la conception architecturale dans tous ses aspects et d'éclairer ainsi les débats. L'expérience montre également que la présentation influence grandement la perception d'un projet. Un grand nombre de nos confrères n'en sont pas suffisamment conscients : combien de plans mal dessinés, mal présentés ? Combien de perspectives délibérément faussées, de textes abscons, incompréhensibles ou prétentieux ? Combien d'argumentations fallacieuses ? Les CCATM sont sans doute imparfaites et leur compétence sujette à discussion. Mais, plutôt que de les critiquer en se drapant dans la posture de l'artiste incompris, à nous, architectes, de nous saisir de la problématique, de relever le défi ; d'une part en y participant, d'autre part en proposant des dossiers de qualité sur le fond et dans la forme. A nous également de saisir ce rôle de magister et d'expliquer en quoi l'architecture, notre métier, notre passion, peut embellir le quotidien. L'implication de l'architecte, aussi doué soit-il, ne doit pas s'arrêter à sa table à dessin ; elle doit aussi et de plus en plus s'attacher à porter le débat d'idées là où les décisions se prennent.
Gérard Kaiser architecte, membre du comité de rédaction
