Editorial
Editorial
L’avenir de notre passé
Et puis arrivèrent le niveau E, la norme de ventilation, le facteur de surchauffe, le test d'infiltrométrie, les règles d'accessibilité, l'inventaire amiante, le contrôle de l’égouttage, la circularité, le stop au béton, les cartes d'inondation, le facteur de dilution,…. Toutes exigences, normes et règles qui remettent en cause le patrimoine un peu ancien et l'obligent au minimum à s'adapter. En tant que propriétaire d'une ferme carrée ancestrale située au centre d'un village dans une commune rurale, impossible de l’ignorer.
Presque tous les centenaires parmi les bâtiments sont concernés. Techniquement et surtout thermiquement inadaptés. Ils dévorent l'espace et sont garantis non zonés ou, à tout le moins, non adaptés aux règles de l’alignement et des profondeurs de construction. En bref, ils sont bons à être mis au rebut car ils ne sont plus adaptés et constituent un mauvais exemple de correction architecturale.
Isoler ces bâtiments selon les règles sans laisser de ponts thermiques n'est pas facile et parfois même impossible. Le remplacement des matériaux de construction devenus obsolètes est souvent une opération coûteuse. L'adaptation à la surface actuelle de la maison nécessite souvent un lotissement indésirable. Sans parler des installations techniques actuelles à haut rendement et basse température qui, souvent, ne peuvent même pas être utilisées sans s'attaquer à l'ensemble de l'enveloppe. Que se passera-t-il si la pompe à chaleur basse température est la seule source de chauffage ?
La préservation du patrimoine familial devient peu à peu l'affaire de quelques privilégiés. Les coûts d'achat et de rénovation technique sont souvent bien plus élevés que le prix d'un bâtiment neuf répondant aux normes.
Par ailleurs, le prix du terrain sur lequel est situé ce patrimoine représente un dilemme. Sur le marché, une telle somme est souvent bien supérieure à la valeur de revente du bien restauré. Le choix d'une vente à la promotion immobilière en lieu et place d’une préservation par restauration s’impose donc souvent très vite.
Ainsi, nos zones résidentielles ont considérablement changé d’aspect en une ou deux générations. Il est clair que l'architecture rurale est en train de devenir une notion pour les livres d'histoire. Apparemment, charme, économie et réglementation vont difficilement de pair. Non pas que l’apparence authentique des villages et des villes ne soit plus appréciée. Au contraire. Les quelques noyaux encore intacts deviennent des vestiges du passé que le grand public se plaît encore à visiter. C'est peut-être précisément dans ce besoin d'authenticité que réside la solution au dilemme entre préservation et remplacement. Est-ce seulement l'aspect esthétique de ces charmants noyaux ou est-ce aussi l'échelle et le respect des éléments les uns envers les autres au sein de ces noyaux qui nous font regretter ces anciens milieux de vie ?
Indéniablement, l'adaptation technique de notre patrimoine entraînera la suppression de nombreux témoignages du passé. Un dosage correct des fragments à préserver dans un cadre actuel adapté, avec une échelle adéquate et dans le respect des prédécesseurs, peut créer un futur biotope avec autant de de qualité esthétique et de vie que les zones résidentielles historiques tant admirées.
Tant que l'architecte intègre ses créations avec une grande sensibilité dans le contexte existant et qu'il respecte suffisamment l'échelle et la texture de l'environnement, la suppression de bâtiments inappropriés ne doit pas nécessairement créer une rupture de style avec l'histoire. La modernisation ne doit pas nécessairement entraîner la destruction de notre histoire bâtie. Elle peut être une continuation adaptée de la longue tradition d'architecture de notre pays.
La Flandre a fait le choix d’une rupture de style par rapport au passé récent. La densification des noyaux et un arrêt prochain de l’artificialisation des terrains encore vierges exigent des planificateurs spatiaux un effort de réflexion sur nos futures formes d'habitat et notre utilisation de l'espace. L'architecte joue un rôle crucial à cet égard. Il devra recombiner les qualités du passé pour l'avenir. Des choix devront être faits en matière de préservation ou de remplacement. L'aspect énergétique de la construction servira certainement de ligne directrice. Mais surtout, il ne faut pas oublier la qualité de vie des quartiers résidentiels du passé.
Il y a du travail…
Hubert Bijnens, architecte et membre du comité de rédaction
Et puis arrivèrent le niveau E, la norme de ventilation, le facteur de surchauffe, le test d'infiltrométrie, les règles d'accessibilité, l'inventaire amiante, le contrôle de l’égouttage, la circularité, le stop au béton, les cartes d'inondation, le facteur de dilution,…. Toutes exigences, normes et règles qui remettent en cause le patrimoine un peu ancien et l'obligent au minimum à s'adapter. En tant que propriétaire d'une ferme carrée ancestrale située au centre d'un village dans une commune rurale, impossible de l’ignorer.
Presque tous les centenaires parmi les bâtiments sont concernés. Techniquement et surtout thermiquement inadaptés. Ils dévorent l'espace et sont garantis non zonés ou, à tout le moins, non adaptés aux règles de l’alignement et des profondeurs de construction. En bref, ils sont bons à être mis au rebut car ils ne sont plus adaptés et constituent un mauvais exemple de correction architecturale.
Isoler ces bâtiments selon les règles sans laisser de ponts thermiques n'est pas facile et parfois même impossible. Le remplacement des matériaux de construction devenus obsolètes est souvent une opération coûteuse. L'adaptation à la surface actuelle de la maison nécessite souvent un lotissement indésirable. Sans parler des installations techniques actuelles à haut rendement et basse température qui, souvent, ne peuvent même pas être utilisées sans s'attaquer à l'ensemble de l'enveloppe. Que se passera-t-il si la pompe à chaleur basse température est la seule source de chauffage ?
La préservation du patrimoine familial devient peu à peu l'affaire de quelques privilégiés. Les coûts d'achat et de rénovation technique sont souvent bien plus élevés que le prix d'un bâtiment neuf répondant aux normes.
Par ailleurs, le prix du terrain sur lequel est situé ce patrimoine représente un dilemme. Sur le marché, une telle somme est souvent bien supérieure à la valeur de revente du bien restauré. Le choix d'une vente à la promotion immobilière en lieu et place d’une préservation par restauration s’impose donc souvent très vite.
Ainsi, nos zones résidentielles ont considérablement changé d’aspect en une ou deux générations. Il est clair que l'architecture rurale est en train de devenir une notion pour les livres d'histoire. Apparemment, charme, économie et réglementation vont difficilement de pair. Non pas que l’apparence authentique des villages et des villes ne soit plus appréciée. Au contraire. Les quelques noyaux encore intacts deviennent des vestiges du passé que le grand public se plaît encore à visiter. C'est peut-être précisément dans ce besoin d'authenticité que réside la solution au dilemme entre préservation et remplacement. Est-ce seulement l'aspect esthétique de ces charmants noyaux ou est-ce aussi l'échelle et le respect des éléments les uns envers les autres au sein de ces noyaux qui nous font regretter ces anciens milieux de vie ?
Indéniablement, l'adaptation technique de notre patrimoine entraînera la suppression de nombreux témoignages du passé. Un dosage correct des fragments à préserver dans un cadre actuel adapté, avec une échelle adéquate et dans le respect des prédécesseurs, peut créer un futur biotope avec autant de de qualité esthétique et de vie que les zones résidentielles historiques tant admirées.
Tant que l'architecte intègre ses créations avec une grande sensibilité dans le contexte existant et qu'il respecte suffisamment l'échelle et la texture de l'environnement, la suppression de bâtiments inappropriés ne doit pas nécessairement créer une rupture de style avec l'histoire. La modernisation ne doit pas nécessairement entraîner la destruction de notre histoire bâtie. Elle peut être une continuation adaptée de la longue tradition d'architecture de notre pays.
La Flandre a fait le choix d’une rupture de style par rapport au passé récent. La densification des noyaux et un arrêt prochain de l’artificialisation des terrains encore vierges exigent des planificateurs spatiaux un effort de réflexion sur nos futures formes d'habitat et notre utilisation de l'espace. L'architecte joue un rôle crucial à cet égard. Il devra recombiner les qualités du passé pour l'avenir. Des choix devront être faits en matière de préservation ou de remplacement. L'aspect énergétique de la construction servira certainement de ligne directrice. Mais surtout, il ne faut pas oublier la qualité de vie des quartiers résidentiels du passé.
Il y a du travail…
Hubert Bijnens, architecte et membre du comité de rédaction
