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Editorial

Editorial

L’énergie de l’architecte au service du citoyen

La répétition des canicules estivales depuis quelques années nous confronte à un défi climatique qui se révèle chaque jour plus aigu et demande une réponse sociétale cohérente, à hauteur du défi à relever. Nos politiques en ont pris conscience et les effets d’annonce s’enchaînent dans les médias : neutralité carbone, consommation zéro énergie, rénovation immédiate du parc immobilier, obligation d’isolation sous peine d’amendes et activation de l’épargne privée. Des objectifs ambitieux sont fixés par les réglementations européennes et régionales. Les articles déjà parus dans notre revue et notamment les derniers en date de Jean-Marie Hauglustaine nous guident utilement dans le choix d’un système de chauffage plus économe en énergie et plus respectueux des ressources naturelles. C’est bien, mais ce n’est pas assez. Sans mesure d’exécution concrète, sans mise en œuvre réaliste, sans implication du citoyen, sans simplification administrative, les objectifs risquent fort de n’être pas atteints.

Pour l’architecte, dont la réflexion s’inscrit dans le temps et dont le travail impacte des générations, la gestion dans l’urgence n’est pas admissible. La pérennité des choix posés est essentielle. S’affranchir d’un système de chauffage ou rénover intelligemment le bâti ancien ne se décrète pas dans un absolu incantatoire mais se construit à l’aune des besoins énergétiques de la construction et, ne l’oublions pas, des moyens financiers disponibles du citoyen. Imaginer améliorer profondément ce patrimoine sans remettre en question des règlements d’urbanisme désuets et tenter de résoudre le problème de consommation d’énergie d’un coup de baguette magique par le recours à la technologie (pompes à chaleur et panneaux voltaïques en tête) tient de la foi plus que de la raison. La méthode Coué à ses limites : l’imagination n’affranchit pas du mur de la réalité.

Confrontés au défi énergétique depuis le premier choc pétrolier des années 70, les architectes ont appris à y répondre. Les constructions neuves sont aujourd’hui peu énergivores et s’équipent de techniques novatrices pour compenser leurs faibles besoins énergétiques. Le défi n’est plus là mais dans la rénovation d’un bâti vieillissant dont le rythme est aujourd’hui bien trop lent. Instaurer une obligation d’amélioration énergétique à chaque vente de bâtiment est une idée qui percole. Ces travaux, qui renchériront le coût d’acquisition d’une habitation, nécessitent un financement massif qui ne peut être porté sur les seules épaules du citoyen. Certes, des primes existent mais elles sont insuffisantes ou mal calibrées pour garantir le résultat escompté.

L’architecte est en première ligne. Il peut, par ses compétences spécifiques, et il doit, par sa responsabilité citoyenne, apporter tout son art à développer une conception raisonnée et économe de l’espace construit, orientée vers le climat, tirant profit passivement des expositions solaires, de la compacité, d’une juste proportion de baies, d’une protection naturelle au vent. La meilleure énergie est celle que l’on ne dépense pas. L’objectif est exigeant et les obstacles sont nombreux. Le défi est passionnant ; il n’est pas un frein mais un encouragement à exercer notre métier au profit de la société. Comme l’écrivit Beaumarchais : « La difficulté de réussir ne fait qu’ajouter à la nécessité d’entreprendre ».

Gérard Kaiser, architecte et membre du comité de rédaction
MDA - Maison des architectes
Editeur de la revue Architrave
En association avec l'Union Wallonne des Architectes
En association avec l'Union Wallonne des Architectes
Architectura
Collaborateur de la revue architrave