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Editorial

Editorial

Devenir propriétaire : mission impossible ?


Dans le prolongement de l’excellent éditorial de notre confrère Hubert Bijnens dans le numéro précédent (www.architrave.be/précédentes parutions/214/page 3) – que je vous inviterais volontiers à relire – je souhaite développer certains points qui y avaient été abordés.
 
Ces dernières semaines, de plus en plus d’articles et de reportages tant dans la presse écrite que sur les ondes radio-télévisées, s’attardent sur les difficultés croissantes de l’accès à la propriété. Même si les études statistiques confirment que le Belge est toujours dans le peloton de tête des propriétaires et que cela reste encore et de loin l’un des objectifs majeurs de la jeune génération, il n’en demeure pas moins qu’un nombre croissant de jeunes ménages échouent dans cette étape importante de leur projet de vie. En effet, le nombre de demandes de prêts hypothécaires refusées est en augmentation de 33 à 40 % selon les banques.
 
La classe moyenne a de tout temps été le moteur du secteur de la construction résidentielle. Cependant, elle-même commence à sérieusement éprouver des difficultés pour accéder à la propriété. Il y a vingt ans, un jeune ménage sur cinq comptait sur l’aide financière des parents. A présent, ce sont 60 % d’entre eux qui ont besoin d’un coup de pouce parental afin d’espérer pouvoir décrocher leur prêt.
 
Devenir propriétaire sera de plus en plus restrictif, et ceux qui le pourront ou qui le deviendront par héritage seront parmi les nantis et les chanceux. En effet, un nombre sans cesse croissant de ménages, qui jusqu’il y a peu pouvaient rembourser des mensualités bancaires (de 1 100 à 1 200 €/mois) à peine plus élevées qu’un loyer (± 850 à 900 €/mois), se retrouvent dans l’impossibilité de décrocher un prêt hypothécaire de 1 800 €/mois en regard de la hausse des coûts de construction et celle des taux. Le corolaire étant que ces candidats propriétaires malheureux grossissent le rang des locataires. Or le marché de la location, déjà en déficit, est par conséquent sous pression, ce qui induit immanquablement une hausse du prix des loyers. La fracture sociale s’accentue et ce n’est certainement pas le logement public qui pourra significativement répondre à la demande. Même si, face au problème, les gouvernements régionaux prennent des dispositions en consacrant des fonds afin de permettre aux communes de se tourner vers les marchés privés de promotion immobilière pour remplir leurs obligations.
 
La prise de conscience par nos riches sociétés occidentales des problèmes environnementaux, certes salutaire et indéniable, a cependant un lourd revers économique. S’il y a 20 ans, la NAV établissait que le coût de la construction dans le budget global du logement était de 70 %, celui-ci ne serait plus que de 50 % en raison des charges financières liées à l’impact environnemental. Depuis 25 ans, à juste titre, les budgets sont grevés de la récolte des eaux, de leur épuration, de la ventilation, de la gestion des terres, de la coordination de sécurité santé, du captage photovoltaïque, de la surisolation,… bien sûr tout cela à un coût. Pourtant, nous nous accordons tous à l’idée que revenir en arrière serait impensable.
 
La gestion urbanistique, l’aménagement du territoire (notamment les restrictions d’étalement de l’habitat),la problématique des déplacements et la régulation des effets environnementaux sont beaucoup plus efficaces à gérer de façon globale dans un contexte de logements collectifs et de grands ensembles résidentiels. D’ailleurs, la question ne se pose pratiquement plus car nous n’aurons plus le choix.
 
Est-ce une fatalité ? Certainement.
 
Est-ce pour cela que les logements seront de moindre attrait ou de moindre qualité ? Certainement pas ! Qui aurait encore envie d’une véranda passoire des années 80 ? D’un double garage pour y ranger sa tondeuse et ses meubles de jardin ? D’une salle de jeux servant de débarras ? D’une salle-à-manger dévolue presqu’exclusivement au repas dominical ? etc.
 
L’habitat de demain sera à la mesure de nos besoins et de nos moyens, probablement plus petit, mais aussi plus agréable à vivre et plus en phase avec l’environnement.

Robert Treselj, architecte et membre du comité de rédaction
 
 
MDA - Maison des architectes
Editeur de la revue Architrave
En association avec l'Union Wallonne des Architectes
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